AGNÈS GIUDICELLI

LE STYLE


AU QUOTIDIEN, C’EST ELLE QUI HABILLE LES COMÉDIENS DU FEUILLETON DE FRANCE 2. C’EST AU COEUR DES STUDIOS DE FRANCE TÉLÉVISIONS QUE NOUS L’AVONS RENCONTRÉE. ICI, ELLE DISPOSE DE PLUSIEURS SALLES OÙ ELLE RANGE SOIGNEUSEMENT LES DRESSINGS DE CHAQUE ACTEUR.

« Ici, on est dans la salle des essayages. On y décharge aussi les shoppings. Juste à côté il y a la salle où l’on prépare la garde-robe des comédiens. Tous les vêtements que vous voyez sont ceux des rôles présents ou récurrents. » À proximité, sur des portants, attendent les tenues des comédiens avant d’être envoyées par camions sur les différents sites de tournage du lendemain. Cheffe costumière au long cours, Agnès ne se prédestine pourtant pas à cette profession. « J’ai toujours eu un “truc” avec les vêtements et la mode. Mais je ne pensais pas du tout en faire mon métier. Je voulais juste être libre. Voyager. » À la fin des années 1990, elle fait du casting sauvage à Marseille pour des clips de rap dont ceux du célèbre groupe IAM. « Grâce à cela, j’ai fait beaucoup de rencontres dont celle de Nathalie Raoul, une cheffe costumière sur un film de Sandrine Veysset, Y aura-t-il de la neige à Noël ?. Là, j’ai réalisé ce qu’était son métier. Je me suis dit “c’est cela qu’il faut que je fasse”. Je n’ai pas fait d’études, mais comme je le dis toujours, le goût, ça ne s’apprend pas à l’école ». Son premier film comme costumière sera celui d’Akhenaton, Comme un aimant. Les choses vont très vite s’enchaîner. Elle travaille sur de nombreux films d’auteur avant d’être contactée sur la série Plus belle la vie. Pendant dix ans, Agnès va se consacrer à la quotidienne avant de retrouver les plateaux de cinéma. « J’ai travaillé sur Corniche Kennedy de Dominique Cabrera puis sur L’Atelier de Laurent Cantet. J’étais sur le tournage du film Shéhérazade lorsque Thomas De Matteis, que j’avais rencontré sur Plus belle la vie, m’a contactée pour son nouveau projet. » Au quotidien, Agnès gère une quinzaine de personnes sur quatre plateaux différents. « Je suis arrivée avec deux assistantes avec lesquelles j’avais travaillé sur Plus belle la vie et qui connaissaient ce genre de format. C’est une logistique folle, c’est très particulier. Il faut être bien entouré. J’aime le travail d’équipe que cela demande. C’est une chaîne. L’habilleuse qui est sur le plateau, c’est la dernière main sur mon costume. » Une semaine sur deux, Agnès dépouille les textes d’une dizaine d’épisodes. Pour chaque rôle, elle dispose d’une fiche. « J’échange beaucoup avec Mathieu, le producteur artistique, et je m’aide du physique du comédien pour raconter une histoire à travers les costumes. Je prends en compte son temps de tournage, ce qui va lui arriver. Il faut tripler, doubler quand il y a des cascades, quand il y a du sang, quand il faut refaire la scène plusieurs fois ». Si à sa création, un personnage se voit attribuer une garde-robe, Agnès choisit les costumes en fonction des épisodes. « Ils sont plusieurs par séquence, il y a toute une gymnastique à faire. Je dois prêter attention à ce qu’il n’y ait pas la même couleur dans la même séquence et dans l’épisode. » Contrairement aux films ou aux séries, impossible de louer les costumes. Agnès doit faire du shopping. « On va dans le centre-ville de Montpellier, au Polygone, dans les petites boutiques, on a quelques accords commerciaux avec certaines marques qui jouent le jeu, qui nous font des remises. Si l’on a du temps, on fait les friperies. On va chez Jaja La Fouine ici, sinon à Marseille, il y a plus de choix ». La fréquence, elle, varie en fonction des besoins. « Certains comédiens partent, d’autres reviennent. Ils n’ont pas d’été ou pas d’hiver. Ils ont une nouvelle intrigue. Puis certains en ont assez de toujours porter la même chose. Le plus difficile, c’est de faire attention que les personnages gardent leur “identité”. » Pour la Marseillaise, habiller un comédien, c’est aussi connaître sa morphologie, savoir ce qui va lui aller ou pas. « Ce n’est pas qu’une question de style. Ça, je l’ai acquis avec l’expérience ».