VANESSA DEMOUY

LA CANDEUR PUISSANTE

DÉCOUVERTE À LA TÉLÉVISION GRÂCE À SON RÔLE DANS LA SÉRIE “CLASSE MANNEQUIN” DIFFUSÉE SUR M6 AU MILIEU DES ANNÉES 90, L’ACTRICE DE 48 ANS RAYONNE, HABITUÉE DU PETIT ÉCRAN, ELLE TOURNE NOTAMMENT DANS LA SÉRIE “CENTRAL NUIT” OU ENCORE DANS “XANADU” SUR ARTE. ELLE CONNAÎT UN LARGE SUCCÈS SUR LES PLANCHES GRÂCE ENTRE AUTRES À LA PIÈCE “LE JEU DE LA VÉRITÉ” DE PHILIPPE LELLOUCHE. DEPUIS 2018, ELLE INTERPRÈTE LE RÔLE DE ROSE LATOUR, DANS LA SÉRIE TÉLÉVISÉE “DEMAIN NOUS APPARTIENT” ET SON SPIN-OFF “ICI TOUT COMMENCE” SUR TF1. PÉTILLANTE DE NATUREL, ELLE REVIENT SANS DÉTOURS ET AVEC DOUCEUR SUR SON PARCOURS.


Mannequinat, télévision, cinéma, théâtre, chanson… Quel parcours ! Mais, dites-nous, la petite fille que vous étiez rêvait-elle de tout cela ?

Je suis née et j’ai grandi en Seine-Saint-Denis. J’étais une petite fille très timide, souvent seule, mais avec une vie intérieure très riche. Je m’inventais beaucoup d’histoires. Mon premier grand rêve, c’était la danse. Je voulais vraiment être danseuse. Puis mon corps m’a trahie. Je n’étais ni mince, ni filiforme. J’avais des hanches, de la poitrine. Vers l’âge de 13 ans, j’ai bien vu que le regard de ma professeure changeait, il était moins bienveillant. J’ai tout arrêté, j’ai fait un rejet complet ! J’ai mis assurément très longtemps avant de pouvoir regarder à nouveau un ballet. Ce deuil-là a été très long.


Il est terrible de vivre une telle situation lorsque l’on est adolescente…

Mon premier rapport à ma féminité a été synonyme d’échec. J’ai mis du temps à me trouver et à m’accepter. Surtout avec ce que j’ai vécu par la suite.

Votre mère dirigeait une agence de mannequinat…

Oui. L’agence comptait beaucoup de jeunes filles étrangères. Elles étaient logées dans des appartements à Paris. Mes parents n’aimaient pas trop les laisser seules les week-ends. Alors, elles venaient à la maison. Cela a fait partie de ma construction de petite fille. J’ai toujours vu cela comme une sorte de rituel, un passage obligé qui marque la transition entre l’enfance et l’âge adulte. Une espèce de rite où, à l’âge de 15 ans, l’on devient mannequin. (Rires)


Est-ce donc ainsi qu’a commencé votre carrière ?

À 15 ans, j’ai naïvement prévenu mes parents que j’étais prête. Cela a été une fin de non-recevoir absolue! Ils voulaient me protéger. De plus, même si à leurs yeux je suis la plus jolie chose du monde, à la fin des années 80, les mannequins sont grandes, suédoises, blondes, très filiformes ! Je n’ai pas le physique, les caractéristiques pour pouvoir exercer ce métier. Je suis française, petite et avec des formes.


Finalement, vous allez leur prouver qu’ils avaient tort…

Vous avez déjà dit non à un ado ? (Rires) Je sèche lamentablement les cours et discrètement, je me renseigne pour savoir s’il y a des castings auxquels je pourrais correspondre. Je n’ai ni agence, ni book, mais j’ai la certitude absolue que je vais y arriver. Je me souviens de l’un de mes premiers contrats, c’était pour le nouveau catalogue Reebok. J’avais dit au photographe que s’il voulait travailler avec moi, il fallait qu’il le fasse vite parce que dans quelque temps, je serais beaucoup trop chère pour lui ! (Rires) À ce moment-là, je ne sais pas encore que ce même photographe est un super ami de mon père ! Il a appelé ma mère en lui disant « j’ai trouvé un petit phénomène, dans ton agence, je pense qu’elle correspond vraiment à l’énergie que l’on veut mettre dans la campagne, et elle s’appelle Vanessa. »


Vous avez dû passer un sale quart d’heure !

Je ne vous explique même pas le dîner que j’ai vécu le soir ! (Rires) Mais j’ai fait la campagne. Bon, par la suite, mes parents m’ont envoyée au Japon. C’était compliqué, j’étais seule, à l’autre bout du monde. Je ne parlais pas très bien anglais, il a fallu que je me débrouille. Je pense qu’ils voulaient me dégoûter du métier. Cela a eu l’effet contraire, j’ai adoré.


Vous ferez peu de défilés…

Je ne suis pas assez grande pour les podiums. J’en ai fait très peu à part pour des créateurs, qui justement ont à cœur de valoriser la différence, la pluri-beauté, comme Jean-Paul Gaultier ou Lolita Lempicka. J’ai surtout fait des photos et beaucoup de publicités.

Est-ce de cette manière que vous prenez goût au jeu ?

C’est-à-dire que, du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu ce rêve d’être Sissi Impératrice ! (Rires) C’est anecdotique, mais à l’âge de 6 ans, mon maître avait convoqué ma mère, je ne sais plus pour quelle raison, je devais perturber le déroulement de la classe. Il avait eu cette phrase assez péjorative « soyez rassurée, de toute façon, avec le cinéma qu’elle me fait en classe, si jamais elle ne fait pas de grandes études, elle pourra toujours être comédienne ». D’un seul coup, je me suis dit, c’est un métier ! La seule comédienne que j’avais en référence à cet âge-là, c’était Romy Schneider dans son rôle de Sissi L’Impératrice, avec cette espèce d’image d’Épinal… La jeune et jolie comédienne heureuse, épanouie, dans un univers merveilleux, dans cette grande famille du cinéma…


Qu’est-ce qui vous pousse à franchir le pas ?

Je faisais énormément de publicité, et de plus en plus avec texte. C’est ma rencontre avec Thierry Lhermitte qui sera une véritable révélation. Je dois avoir 17 ou 18 ans.


Et le casting de “Classe Mannequin” arrive…

Oui. Mais, je ne corresponds à aucun personnage. Il y a bien le personnage de Linda, très complexé, obsédé par son poids. Néanmoins, le rôle se destine à une comédienne ronde. Alors, je me suis battue pour prouver que cela serait bien plus intéressant si le rôle était joué par une fille sans problème de poids, mais qui ne se trouvait systématiquement pas assez jolie.


Pourquoi ?

Pour montrer que les complexes ne sont pas toujours là où on les attend. Pour traiter d’une autre manière les difficultés liées à l’image que rencontrent les femmes.


C’est le rôle qui vous fait connaître du grand public. Vous devenez un sex-symbol pour beaucoup. Quel souvenir gardez-vous de cette époque ?

À ce moment-là, je suis très heureuse de faire ce métier. Et puis la médiatisation arrive, et là, c’est très violent. Cela me renvoie à ce qui m’est arrivé jeune fille, et à ce manque d’assurance dû à une féminité qui m’encombre. La presse a beaucoup mélangé la fiction et la réalité, la comédienne et l’individu. D’un seul coup, il y a comme un prisme très déformant et vous ne savez pas de qui l’on parle. C’est bien votre nom, ce sont des photos de vous, mais ce n’est pas vous.


À l’époque, vous avez une vingtaine d’années. Lorsque l’on est en pleine construction, c’est l’enfer à vivre…

D’autres jeunes femmes l’auraient peut-être mieux vécu. Pour moi, cela a été une catastrophe. J’ai fait une dépression, j’ai connu des troubles alimentaires, je n’avais plus goût à rien. Cet avatar hyper sexué, je ne savais pas qui il était. À un moment, j’ai moi-même fini par me perdre entre qui j’étais et ce que je voyais dans le regard des autres. Ce que les personnes me renvoyaient me semblait tellement laid, tellement loin de ce que je pensais être à l’intérieur, que je me suis perdue.


Comment vous retrouvez-vous ?

Je me noie dans le travail. Je vais dans des ateliers de théâtre, je suis des cours, je participe à des courts métrages. Je cache la femme que je suis, je ne sors plus qu’en col roulé. Finalement, je pars aux États-Unis où je retrouve un anonymat extraordinaire. Je vis en colocation avec une amie qui suit des cours de cinéma à UCLA. Je l’accompagne en auditeur libre. Cela a été une période assez salvatrice pendant laquelle je me suis retrouvée.

À votre retour en France, vous décidez de continuer dans cette voie…

Oui. Je connais des hauts et des bas, mais c’est cela une carrière. Contrairement aux débuts, je sais qui je suis, je sais ce que je veux faire, et s’il y en a à qui cela déplaît, eh bien tant pis. J’avance. Je tourne dans pas mal de courts métrages, mais également dans beaucoup de séries télé.


Et, vous brillez au théâtre…

Alors ça, c’est une chose à laquelle je ne m’attendais pas. À vrai dire, je n’y pensais même pas. Tout a commencé avec “Les Monologues du vagin”. J’avais adoré la pièce. Quand j’ai appris qu’Isabelle Rattier, la metteure en scène, cherchait des jeunes comédiennes, j’y suis allée au culot. « Vous cherchez des jeunes comédiennes, eh bien pourquoi pas moi ? » Un mois après, j’étais sur scène.

C’est un tout autre exercice de jouer devant un public que derrière une caméra…

Le plus gros stress de ma vie ! (Rires) Mais aussi le début d’une expérience folle. J’ai fait partie d’une troupe de théâtre avec laquelle j’ai joué plusieurs pièces qui se sont avérées des succès.


Vraisemblablement, cela a été libérateur…

Totalement ! Le syndrome de l’imposteur m’a collé à la peau tellement longtemps. La scène, je pense que c’est l’endroit où je me sens le plus à l’aise au monde ! C’est vraiment paradoxal. Les premiers pas que l’on fait sur scène, quand le rideau se lève et qu’il faut y aller, cette adrénaline, c’est une sensation que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Vous avez rejoint le casting de la série “Ici tout commence”, diffusée sur TF1…

On m’a proposé le rôle, tout simplement. Je n’ai pas passé de casting. Je pense que c’est le ciel qui me l’a envoyé. Tout m’a plu dans ce personnage.


Vous incarnez le rôle de Rose Latour, parlez-nous d’elle…

Elle était sous emprise, mariée à un pervers narcissique. Mais Rose est un phénix, elle a une force de vie folle, et elle se relève de tout. Elle est faillible, très humaine finalement. C’est un rôle à multiples facettes, et ça, c’est un vrai cadeau pour une comédienne. Il y a tellement de choses à explorer en elle.


Quelle direction aimeriez-vous prendre avec ce rôle ?

Ce que j’apprécie beaucoup chez Rose, c’est la résilience. C’est une alchimiste ! Elle transforme en or tous les accidents de sa vie, tous les drames qu’elle peut vivre. C’est une belle leçon de vie.

Vous êtes venue vous installer dans la région.

Oui. J’ai pris la décision de venir il y a 2 ans et demi. Mon Dieu, j’aurais dû faire ça plus tôt ! Je suis mieux ici, je n’ai pas à faire d’allers-retours. Nous avons été hyper bien accueillis. Ici, les personnes prennent le temps et valorisent aussi le temps pour l’entre-soi. On ne travaille pas moins, mais différemment. Je connaissais bien le Gard, l’Hérault pas réellement. Mon grand-père a vécu les 30 dernières années de sa vie à Nîmes, puis à Bellegarde. Je passais mes vacances à Port-Camargue tous les ans. Si l’on m’avait dit que je viendrais vivre ici !


Avec le recul, quel regard portez-vous sur l’ensemble de votre carrière ?

Je suis très critique, très dure envers moi-même et ce que je peux faire, ce que je n’ai pas fait, ce que j’ai raté. Avec le recul, j’arrive à regarder ce que j’ai réussi, à avoir de la tendresse pour cette jeune comédienne que j’étais auparavant. J’ai beaucoup de reconnaissance pour tout ce que j’ai traversé en fait, puisque c’est ce qui fait ce que je suis aujourd’hui. Pas seulement la comédienne, mais aussi la femme.


De quoi avez-vous envie aujourd’hui ?

J’espère pouvoir jouer jusque bien après l’âge de la retraite. Être comédienne, c’est incarner des femmes, de tout âge, de tout physique. Le regard de la société sur les femmes qui vieillissent se fait plus indulgent. On commence à les voir de plus en plus. La comédienne que je suis espère pouvoir les incarner longtemps.