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CONSTANTIN BALSAN

L'INSTINCT


IL A LE TIMBRE BIENVEILLANT, LES MOTS DÉLICATS. À 36 ANS, L’ACTEUR FRANÇAIS S’ILLUSTRE ET PLUTÔT BIEN DANS LE RÔLE DU LIEUTENANT YANN CROSS, UN PERSONNAGE JUSQU’ICI DISCRET DANS UN SI GRAND SOLEIL DIFFUSÉ SUR FRANCE 2, MAIS QUI DEPUIS QUELQUES MOIS PREND DE L’ÉPAISSEUR. CELUI QUI SERA AU CASTING DE DARON, UNE NOUVELLE FICTION DE TF1 AVEC DIDIER BOURDON ET MÉLANIE BERNIER, LAISSE TOMBER LES BARRIÈRES ET NOUS LIVRE SANS COMPROMIS, SON HISTOIRE D’ACTEUR.

Le jeu, la scène… est-ce une vocation d’enfance ?

Oui et non. En réalité, je ne pensais pas faire ce métier. Mais j’ai compris rapidement que le jeu était important pour moi.


Pourquoi ?

J’ai grandi dans une fratrie de cinq frères. Nous nous entendons très bien mais pour « exister », j’aimais bien faire un peu le « con ». J’adorais faire rire mes parents ! C’était ma façon de les rendre fiers et d’attirer leur attention ! Et puis un jour, je me suis demandé « si j’élargissais le public ? ».


Est-ce le début des choses sérieuses ?

Non ! (Rires) J’ai juste commencé à prendre des cours de théâtre. Je ne voulais toujours pas en faire un métier, mais cela prenait beaucoup de place dans ma vie.


À quel moment prenez-vous la décision ?

En fait, il n’y a pas eu de moment. Je ne m’en suis pas rendu compte. Je me fixais des petits objectifs pour avancer.


Lesquels ?

Au départ je m’étais donné un an pour jouer dans une pièce de théâtre à Paris. J’ai joué dans une petite salle improbable d’art et d’essai, le genre de contrat où tu n’es pas payé et où le public n’est constitué que de deux personnes. (Rires)


Vous faites des études de droit…

J’ai fait deux ans de droit. Et un BTS en alternance. Je voulais quand même valider un diplôme et rassurer mes parents. (Rires) Mais l’essentiel pour moi c’était d’être sur scène.


En parallèle vous vous inscrivez au cours Florent…

Oui. En sortant, j’ai pris ce qu’il y avait de bon à prendre. Je n’ai pas eu envie de tenter les concours ni le Conservatoire. J’avais envie de concret, de réel. Dans le jeu, il y a quelque chose d’assez subjectif. On peut te demander de jouer une scène de telle ou telle manière, mais si toi tu ne ressens pas les choses de cette façon, tu peux complètement passer à côté. J’avais envie d’expérimenter.


Finalement, qu’est-ce qui va lancer votre carrière ?

J’ai 23 ans et je joue Un monsieur qui prend la mouche de Eugène Labiche mis en scène par Loïc Gautelier. J’ai eu un agent, Marie-Claude Schwartz, elle est géniale. J’ai commencé à travailler à la télévision, puis un peu de cinéma… finalement j’ai fait ce métier sans vraiment m’en rendre compte.


Vous souvenez-vous de votre premier rôle derrière une caméra ?

C’était un téléfilm réalisé par Aruna Villiers qui s’appelle Le Sang de la vigne sur France 3, avec Pierre Arditi.


Trouvez-vous vos marques rapidement ?

Oui, cela me plaît beaucoup ! C’est différent du théâtre mais c’est un peu le même principe. Avec des potes, on a trouvé une phrase assez drôle qui explique bien ce que je ressens : « La différence entre le théâtre et le cinéma, c’est comme le tennis sur gazon et sur terre battue ». C’est le même principe, la même idée du jeu mais ce ne sont pas exactement les mêmes sensations.


Quelles sont les expériences qui vont marquer incontestablement votre carrière ?

Déjà je dirais ma rencontre avec Olivier Marchal sur Section Zéro, une série Canal+. Je sais qu’il s’est battu pour que j’aie le rôle. Il a une approche, un amour incroyables des acteurs. C’est fascinant de le voir à l’oeuvre. Au théâtre, j’ai la chance de travailler avec Jean-Philippe Daguerre. Cela fait sept ou huit ans que je joue dans Les Fourberies de Scapin, tous les ans à Paris mais aussi dans toute la France. J’adore l’ambiance des tournées. Je suis né à Paris mais le travail de mon père nous a amenés à beaucoup voyager. Je ne passais pas plus de trois ou quatre ans au même endroit. Cela a dû laisser des traces ! (Rires)


J’imagine qu’après, évidemment, il y a eu Dunkerque de Christopher Nolan…

Je ne suis resté que deux jours sur le tournage, on doit me voir dix secondes, mais oui, c’était incroyable ! (Rires) C’était fou, en fait ! Il était 5h30, j’étais convoqué sur la digue de Dunkerque où devait se passer la scène. Il était là, sortant du brouillard… et il me dit « Hi, I am Christopher Nolan », il m’explique ses intentions sur la scène, pourquoi il l’a écrite comme cela, pourquoi elle est importante. Je suis un grand fan de son travail. Je suis très impressionné. Je pars déjeuner et en revenant, je le vois en train de faire manoeuvrer des bateaux de l’armée anglaise avec des jumelles pour les placer comme il l’avait imaginé. Puis des dizaines de camions qui déposent des milliers de figurants en tenue d’époque. C’est hallucinant.


Est-ce votre agent qui vous parle d’Un Si Grand Soleil ?

Oui. Pendant le deuxième confinement. J’étais chez mes parents avec mes frères à Châteauroux. Je ne connaissais pas, je ne regarde pas la télévision. Au départ, je n’avais pas envie, par manque de courage et par peur de prendre un « non » supplémentaire. Je sortais d’une période un peu compliquée où je voyais tout en noir. Cela m’aurait fait trop mal.


Avez-vous eu envie de renoncer ?

Oui évidemment. Quand on exerce ce métier, on s’inquiète toujours pour demain. C’est compliqué de trouver une vraie stabilité.


Qu’est-ce qui va vous faire changer d’avis ?

Une discussion avec un ami, Florent, pour ne pas le nommer. Quand je lui en ai parlé, il m’a bousculé en me disant que j’étais complètement con. Donc je prends un savon et le soir je regarde un épisode. Je trouve la réalisation très bonne, l’image très belle et le jeu des acteurs super. À partir de là, je me suis battu pour les essais et j’obtiens le rôle. Cela fait deux ans et cela a changé ma vie !


Pouvez-vous nous en dire plus sur votre personnage ?

C’est un loup solitaire, qui s’est réfugié dans le travail à cause d’un passé douloureux et qui se sociabilise un peu grâce à son histoire avec Johanna.


Qu’avez-vous envie d’explorer avec lui ?

J’essaie de ne pas trop rêver mon personnage. Jusqu’ici j’aime ce qu’ils ont écrit. L’histoire de ce mec complètement paumé, accro à son travail parce qu’il fuit un passé douloureux, le fantasme d’un amour éternel suite au décès de sa femme, et qui se met à perdre ses moyens, à tout remettre en question à cause d’une rencontre. J’ai hâte de découvrir la suite, en fait !


Et en tant que comédien, qui sont vos modèles ?

Mes parents sont assez cinéphiles. C’est avec leurs goûts que j’ai été éduqué. Les films de Louis de Funès, de Depardieu aussi – il vient de chez moi, et c’est grâce à lui si Châteauroux est connu ! (Rires) C’est un acteur incroyable ! James Bond, Indiana Jones… Apollo 13, Forrest Gump, L’Étoffe des héros, … ils ratissaient large dans ce qu’ils proposaient ! (Rires) Cela m’a forgé une culture, des inspirations.


Qu’avez-vous envie d’explorer dans l’avenir ?

J’ai envie d’aller dans le plus d’endroits possible, parce que pour le coup je n’ai vraiment pas fait le tour ! (Rires) J’ai envie de surprises, j’ai envie de challenges. De cinéma avec des rôles de composition ! Jouer un musicien, un compositeur, un boxeur ! Et de grandes tournées de théâtre ! J’aime le rapport avec le public, l’esprit de troupe. Être sur la route. La scène, c’est l’origine, c’est Molière, c’est là que tout commence.


Quel regard portez-vous sur le métier ?

Rien ne te tombe dessus par hasard. Il faut beaucoup travailler et éviter de te poser trop de questions. Si tu réfléchis trop, tu as peur tout le temps.


Aujourd’hui, vous sentez-vous libre artistiquement ?

Oui. Et c’est l’une des choses les plus difficiles quand tu es acteur.


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