top of page

ELSA LUNGHINI

INSPIRANTE


ARTISTE ACCOMPLIE, ELSA LUNGHINI A SU TRAVERSER LES PROJECTEURS ET LES ÉMOTIONS AVEC UNE ÉTONNANTE CANDEUR. DÉCOUVERTE À L’ÂGE DE SEPT ANS, ELSA S’EST VUE PLONGÉE TRÈS JEUNE DANS L’UNIVERS DU CINÉMA, PUIS DANS CELUI DE LA MUSIQUE, SANS JAMAIS CHERCHER CONSCIEMMENT CETTE GLOIRE. DERRIÈRE UNE TIMIDITÉ PERÇUE SOUVENT À TORT COMME DE LA FROIDEUR, SE CACHE EN RÉALITÉ UNE FEMME PROFONDÉMENT SENSIBLE, CURIEUSE ET ENGAGÉE. CELLE QUI INCARNE LE PERSONNAGE DE CLOTILDE ARMAND DANS LA QUOTIDIENNE. ICI TOUT COMMENCE, DIFFUSÉE SUR TF1, DÉVOILE UNE PERSONNALITÉ COMPLEXE ET ATTACHANTE.

Interview de Elsa Lunghini pour le magazine Osoleil.
Elsa Lunghini

Votre carrière a débuté très tôt…

C’est vrai. Et un peu par hasard. J’étais une petite fille extrêmement réservée, très timide, très introvertie. Je n’étais pas dans une volonté d’être exposée. Mais j’évoluais dans un milieu très artistique. J’ai toujours chanté avec mon père à la maison. Mais je n’ai jamais pensé à en faire un métier.


Qu’est-ce qui va changer alors ?

Un jour chez ma tante, Marlène Jobert, qui était comédienne, je suis repérée par son agent et ami

Dominique Besnehard. Il cherchait une petite fille pour jouer dans un film. Je ne savais pas vraiment

dans quoi je m’embarquais, j’y suis allée sans vraiment réfléchir. L’idée d’en faire mon métier est venue beaucoup plus tard, à l’adolescence.


Quel souvenir gardez-vous de cette époque ?

Je n’étais pas très à l’aise, je prenais beaucoup sur moi. J’étais très réservée et très timide. Je me faisais

violence, beaucoup.


Pourquoi avoir continué ?

Avec le temps, cela devient une habitude. On est pris dans un tourbillon. Les choses s’enchaînent, on n’a plus le temps de réfléchir. Il faut juste faire. Et puis dans ma tête de petite fille et d’adolescente, il y avait inconsciemment chez moi la volonté de rendre fier mon père qui aurait voulu exercer ce métier.

En 1981, vous jouez donc au cinéma dans le film Garde à vue de Claude Miller aux côtés de Romy

Schneider, Lino Ventura et Michel Serrault… Tout n’est pas hyper clair, j’étais très jeune. Mais je

me souviens du regard de Romy Schneider… je pense qu’elle venait de perdre son fils, elle avait un regard extrêmement touché sur moi qui n’étais âgée que De sept ans. Je pense qu’elle était très émue. Je me souviens aussi très bien de Ventura qui avait été très paternaliste avec moi.


Vous vous essayez à la chanson à l’occasion du film La Femme de ma vie de Régis Wargnier dans lequel vous interprétez le titre T’en va pas…

Je jouais la fille de Jane Birkin. J’en garde un très agréable souvenir. Sa fragilité, son émotion. Elle me

parlait de Charlotte, sa fille, qui tout comme moi était dans une volonté de chanter et de faire de la scène, mais qui était très angoissée. Ma carrière dans la musique est partie de là.


Et tout va aller très vite…

À partir du moment où le premier single est sorti, cela a été un carton immédiat, les choses se sont

enchaînées, je suis entrée en maison de disques. Il y a eu un album, puis un deuxième et un troisième. À

l’époque, le cinéma était très bégueule. On ne pouvait pas faire de la musique et du cinéma. C’était l’un

ou l’autre. Cela a évolué heureusement. Le cinéma m’a tourné un peu le dos, il y a eu des rendez-vous

manqués. J’étais très occupée avec la musique, et je passais beaucoup de temps en tournée à l’étranger.


Comment se préserve-t-on de la pression, des attentes des gens lorsque l’on est adolescente et en pleine construction finalement ?

J’ai érigé une espèce de rempart, de carapace par rapport à tout le monde. Ce qui est souvent passé

pour de la froideur ou de l’antipathie. C’était une manière de me protéger, de pouvoir affronter le

monde extérieur. Je n’étais qu’une gamine et l’on me demandait d’avoir un avis sur tout. C’était

déstabilisant. Alors je passais beaucoup de temps à me documenter sur l’actualité, j’essayais d’imaginer

à l’avance les questions que les journalistes allaient pouvoir me poser. Je m’intéressais à l’actualité, à la

politique et en même temps, j’étais trop jeune pour pouvoir m’intéresser à tout et comprendre tout ce

qui se passait. J’étais obligée de jongler et j’espérais qu’on ne me pose pas des questions trop compliquées auxquelles je ne pourrais pas répondre.


Ne s’y perd-on pas, à un moment donné ?

Il y a comme un dédoublement de personnalité parfois, si. Il est difficile d’être tout le temps soimême,

de rester fidèle à ce que l’on est. Cela s’apprend avec le temps.


Quels sont vos plus beaux souvenirs de cette période ?

Les premières scènes… L’Olympia. J’avais dix-sept ans et j’y ai chanté dix jours. J’étais la plus jeune

artiste à faire l’Olympia. J’aurais voulu mourir ! (Rires) J’étais pétrifiée par le trac. Je n’avais pas

confiance en moi. J’avais peur de décevoir, ma famille, le public… Je m’inquiétais de ce que les

gens pouvaient penser de moi. C’était à la fois beaucoup de stress avant et énormément de plaisir

quand j’étais sur scène en face du public. J’ai appris à gérer le trac avec l’expérience. On se connaît

mieux avec le temps, et puis il y a l’habitude.


L’entourage joue-t-il un rôle important ?

Oui j’ai eu la chance d’être entourée par mes parents et pendant longtemps. Même s’il est arrivé un

moment où j’ai eu envie d’indépendance, de liberté, je leur étais très reconnaissante de ne pas être livrée à moi-même.


Et puis il y a les rencontres…

Oui. Avec d’autres artistes. Avec des personnes avec qui j’ai travaillé. Je n’ai jamais eu de mentor, mais

il y a eu des personnes qui ont compté, qui m’ont soutenue. Comme les Voulzy et les Souchon qui

étaient très présents.


Depuis 2020 vous interprétez le rôle de Clotilde Armand dans la quotidienne Ici tout commence…

C’est mon agent qui m’a parlé de la série. J’ai dit non de suite. Je n’étais pas intéressée par ce type

de format. Je n’avais pas envie d’être enfermée dans un rôle. Mais elle a insisté pour que je lise le

scénario. Ce que j’ai fait et finalement j’ai été séduite par l’ambition de la série et par le casting. C’était

important pour moi de savoir avec qui j’allais tourner, surtout sur une quotidienne. Et puis le rôle m’a plu.


Justement, qui est Clotilde ?

Elle était très dure au départ, mais elle s’est beaucoup adoucie avec le temps, avec la maturité.

Elle a digéré des situations comme la relation avec sa soeur, celle avec son père aussi, avant son décès.

Elle a un nouveau compagnon qui lui apporte beaucoup. J’aime le fait qu’elle soit à la fois dure et

fragile. Intransigeante, un peu sévère et froide, et en même temps hypersensible. Le fait qu’elle cache

cette sensibilité avec toujours une volonté maîtrisée d’être forte et de ne pas faire voir ses émotions.

C’est très intéressant à jouer. Contrairement à ce que j’aurais pu penser, sur une quotidienne, on a une

réelle possibilité de faire évoluer un personnage. C’est très appréciable.


Avez-vous eu le temps de découvrir la région ?

Oui, j’ai eu un vrai coup de coeur d’ailleurs. Je suis ici pratiquement tout le temps. Je ne rentre presque

plus chez moi en fait. Je ne vivais déjà plus à Paris mais en Dordogne depuis quelques années. Et je suis

bien ici. Il y a le soleil bien sûr, mais surtout le côté sauvage de la Camargue. C’est encore très préservé, il y a de grands espaces naturels. C’est important pour moi.


Que faites-vous lorsque vous ne jouez pas ?

Je fais de la photo. Je préfère photographier que me faire photographier. J’oscille entre argentique

et numérique. Je photographie des morceaux de matière que je retravaille. C’est abstrait, on ne sait pas

forcément ce que c’est, mais cela représente quelque chose. Cela se rapproche beaucoup d’une toile ou d’un tableau. J’aurais aimé faire de la peinture mais je ne suis pas très douée pour cela.


Un petit mot sur votre actualité ?

Je suis très heureuse d’avoir participé au projet de la mini-série, Les Randonneuses, créée par Fanny

Riedberger, Sylvie Audcoeur et Anna Frégonèse qui suit six femmes, toutes touchées de près ou de loin

par le cancer, en pleine ascension. Les actrices sont fabuleuses ! Parler du cancer, ce n’est pas une chose

facile, il y a une vraie prise de risque. C’est audacieux de le traiter aussi comme cela a été fait, c’est-à-dire avec de l’humour. C’est un beau projet comme on devrait en voir davantage à la télévision.


Et la musique ?

Je fais toujours un peu de musique, mais pour moi. Ce n’est pas une urgence. Cela le redeviendra peut-être. J’ai éprouvé un vrai besoin de couper, j’ai commencé très tôt. J’ai laissé de côté la comédie trop longtemps et cela me convient de revenir à mes premières amours.



bottom of page