FABRICE DEVILLE

INTERVIEW ITINÉRAIRE D’UN ACTEUR


Cinéma, mais aussi télévision, à presque 50 ans, Fabrice Deville affiche un parcours exemplaire. Drôle et sincère, l’homme sait émouvoir, amuser, surprendre aussi. Tous les soirs, il incarne le personnage de Florent Graçay devant pas moins de 4 millions de spectateurs dans la série Un si grand soleil sur France 2. Sans tabou, il revient sur les rencontres et l’histoire qui constituent sa vie sur petit écran et dessinent les contours d’un acteur passionné, insatiablement curieux et au talent authentique.



Vous êtes assez discret sur votre vie privée, vous nous en dites un peu plus sur vous ?

Je suis né à Casablanca en 1971. Mon frère et moi avions six et cinq ans lorsque notre père est décédé. Nous sommes restés quelque mois au Maroc puis finalement nous nous sommes installés en France, à côté des Mureaux, dans un petit village.

Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?

De très bons souvenirs ! Il y avait des classes à trois niveaux, j’étais donc avec mon frère qui a un an de plus que moi. C’est d’ailleurs là que j’ai « rencontré » le théâtre. J’avais environ huit ans lorsque j’ai joué dans mon premier spectacle.


La comédie, c’est donc une vocation d’enfance ?

En quelque sorte oui. Après Mureaux, on s’est installés à Boulogne, à côté du Parc des Princes. Puis je suis allé en pension, toujours avec mon frère, à Saint François de Sales à Évreux. On y a passé huit très bonnes années jusqu’au BAC. À quinze ans, j’ai joué La Reine Faustine. Et je me suis beaucoup amusé en montant des petits spectacles. J’aurais pu devenir comédien. C’est mon grand-père paternel qui finançait nos études et dans notre famille, on fait soit du droit, soit du commerce. J’ai donc intégré une École de Commerce. Je ne connaissais personne dans l’univers du spectacle. J’ai choisi la sécurité. J’y ai passé quatre ans. Mais je n’ai pas pour autant mis de côté le théâtre. Très vite, j’ai monté des spectacles dont « Tenue de soirée » que j’ai joué à la piscine Deligny sur la Seine.


Finalement vous intégrez l’école de Jean-Laurent Cochet…

Oui, j’ai eu la chance de suivre les cours de ce grand maître du théâtre mort de la Covid-19 lors du premier confinement. C’est vraiment la personne qui m’a fait aimer le théâtre et la langue française. Et notre rencontre fut assez improbable ! (Rires).


Vous nous racontez ?

Je vous resitue le contexte. Il est 3 heures du matin. Je viens de déposer ma chérie chez elle quand j’aperçois un homme avec un énorme bouquet de fleurs qu’il pose sur le rebord d’une fenêtre. Je me dis « c’est trop con ! Pourquoi le mec l’a laissé là ? » Je sors, j’attrape le bouquet et je le mets à l’arrière de ma voiture. Je démarre, lorsque j’aperçois les volets s’entrouvrir ! Je suis quand même parti. Trois ans plus tard, Jean-Laurent Cochet me demande de venir répéter une pièce chez lui. Il me donne l’adresse, je reconnais l’endroit où j’avais volé l’énorme bouquet.


Il s’en souvenait ?

Un peu qu’il s’en souvenait (Rires) ! Il n’avait jamais compris comment à 3 heures du matin dans une rue déserte quelqu’un lui avait volé le bouquet.

Il ne vous en pas tenue rigueur ?

Non. Cela a été une formidable rencontre. Il m’a beaucoup apporté et surtout une profonde stabilité émotionnelle et intellectuelle. Le phrasé, la ré-accentuation, l’amour des mots.


Vous nous racontez vos débuts ?

J’ai toujours été bien guidé. Je suis rentré chez Jean-Laurent Cochet en septembre 1995. Très vite, j’ai passé le casting pour « Les enfants de John », une série sur la Cinquième. Je suis parti pour six mois de tournage. D’ailleurs, le premier jour se passait à Montpellier, place de la Comédie. Et cela a été incroyable, entre fiction et réalité. Je jouais un journaliste, j’ai interviewé des jouteurs à Sète, des sculpteurs… J’ai eu la chance de faire de très belles rencontres.


Vous avez joué ensuite dans « Soleil » un film de Roger Hanin…

Oui avec Sophia Lauren. Puis j’ai enchaîné les tournages : Le Boulet, la Boîte de Claude Zidi. Je pensais que le cinéma allait s’ouvrir à moi. Finalement, ce sera la télévision avec Ingrid Chauvin dans « Femmes de loi ».


Quel regard vous portez sur votre carrière ?

Je n’ai pas de frustration, j’avance marche par marche, mais je pense que l’on n’a pas encore exploité tout mon potentiel.

Aujourd’hui, vous incarnez le rôle de Florent dans la série Un si grand soleil. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce personnage ?

Au départ, je n’étais pas forcément emballé puis j’ai compris que ce rôle pouvait s’inscrire dans la durée alors j’y suis allé. Florent est sympa, il prête attention aux autres. Il est bienveillant, il défend des causes… Il n’est pas très éloigné de moi. Il peut aller sur une palette émotionnelle très large. Il est entier sans être démesuré. Florent comme d’autres personnages de la série d’ailleurs sont porteurs de messages qui nous font réfléchir et nous interroger.


Quelle direction aimeriez-vous qu’il prenne ?

J’aimerais qu’il ait des potes un peu plus potaches, qu’il ajoute un peu plus de piquant et de panache à sa vie, mais qu’il reste fidèle à Claire.


C’est « LE » rôle qui a donné de la visibilité à votre carrière…

Oui indéniablement. Et je remercie les producteurs de me l’avoir confié. Il m’a donné beaucoup de visibilité et de popularité.


Vous donnez la réplique à des acteurs confirmés, mais aussi à des débutants…

C’est très stimulant. Cela m’oblige à ne pas m’endormir, à être à l’écoute. Finalement l’écoute est la chose la plus importante. Écouter quelqu’un, c’est lui accorder du respect.


En plus d’être acteur, vous avez aussi une société de coaching. Pourquoi ces deux casquettes ?

Pour avoir la possibilité de mettre mes mains dans mes poches et m’en aller. Pour garder ma liberté. La pire des choses, c’est bien de se retrouver pieds et poings liés.


C’est beaucoup de travail…

En effet. Il faut avoir les pieds sur terre, savoir qui on est, où on est, à qui on parle, d’où on vient et ce que l’on veut. Après quinze ans de coaching, j’ai développé beaucoup d’empathie. Je « ressens » les gens. Je ne vais pas vers des personnes qui me déplaisent, j’évite les rumeurs et les ragots qui peuvent circuler très vite dans notre milieu. Je veux garder cette stabilité émotionnelle, savoir qui je suis, ce que je veux.

Aujourd’hui, vous donnez le sentiment d’être un homme épanoui. Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

Que les gens aient plus d’attention les uns envers les autres. De la reconnaissance, de la compassion. On en manque tellement aujourd’hui. On est devenu tellement individualiste. On manque de connexions. Tout va trop vite. La jalousie est vraiment présente, les gens sont envieux et ça amène les plus fâcheuses conséquences.