KARIM GHIYATI

DIRECTEUR D’OCCITANIE FILMS

QUE PÈSE L’AUDIOVISUEL DANS LA RÉGION ? OÙ VA-T-IL ? RÉPONSES AVEC LE DIRECTEUR D’OCCITANIE FILMS, KARIM GHIYATI. DEPUIS PLUS DE 10 ANS, IL DIRIGE AVEC L’HUMILITÉ QUI LE CARACTÉRISE L’AGENCE RÉGIONALE AVEC UN SEUL OBJECTIF : FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DU CINÉMA ET DE L’AUDIOVISUEL EN RÉGION.

Vous dirigez Occitanie films depuis 2011. Avant que vous nous expliquiez plus en détails ce dont il s’agit, racontez-nous votre parcours…

J’ai un parcours de cinéphile. Le cinéma, c’est quelque chose qui me passionne depuis toujours ; c’est un univers que j’adore. Pendant sept ans, j’ai enseigné à la faculté de Paris 1 et 3 l’histoire du cinéma et l’analyse filmique. Puis on m’a confié le poste de directeur artistique de la cinémathèque de Corse, à Porto-Vecchio durant près de 8 ans. Par ailleurs, j’ai adoré cette expérience. Il s’agissait autant de faire vivre le lieu que d’attirer le public, de faire le lien entre l’actualité et le patrimoine. En 2011, j’ai été nommé directeur de Languedoc-Roussillon Cinéma devenu Occitanie films en 2019.


Occitanie films, qu’est-ce que c’est exactement ?

C’est une agence régionale sous forme associative. Nous sommes à égale distance entre les institutions — la Région, la DRAC, le ministère de la Culture et le CNC — et les professionnels. Nous sommes aussi liés à la métropole de Montpellier. Notre travail consiste à favoriser le développement du cinéma et de l’audiovisuel en région. Concrètement, il s’agit d’attirer les tournages et de les accueillir au mieux.


Ces dernières années, la région a clairement gagné en attractivité pour la filière…

Je veux croire que notre travail a porté ses fruits (Rires) Il y a plusieurs raisons à cela. Le fonds d’aide financier mis en place par la Région, d’abord. Ensuite, le fait que nous ayons des techniciens, des talents de plus en plus nombreux et toujours plus professionnels. C’est rassurant pour les productions. Et puis il y a les décors exceptionnels de la région. Nous disposons de divers sites remarquables qui attirent beaucoup. Très important, il y a la « culture des tournages ». Ici, ils se passent bien. Les collectivités sont réactives et cela se sait.


Pourquoi est-il essentiel d’attirer les tournages dans notre région ?

Directement pour l’impact sur l’image du territoire, mais surtout pour les professionnels ici. Nous avons référencé environ 1 000 techniciens/techniciennes et autant de comédiens/comédiennes. Sans parler de la centaine de sociétés de production.


Au-delà d’attirer les tournages, vous effectuez un profond travail de valorisation…

Complètement. D’une part, nous organisons maintes rencontres professionnelles. Des temps de formation et d’information. Nous mettons aussi l’accent sur la valorisation de la diffusion via les salles de cinéma. Il y en a 216 en Occitanie. Notre but est de faire en sorte que les films soient montrés longtemps, partout et à tous les publics. Dont les scolaires. Cela est un des volets de la structure, l’éducation à l’image.

C’est-à-dire ?

Lorsque nous valorisons un film, nous essayons de le faire aussi en direction des scolaires. L’idée, c’est de montrer les films, et par ailleurs de les analyser, de les commenter. Pour cela, on dispose de moyens très différents. On organise des rencontres dans les salles de cinéma. On met également à disposition des résidences d’artistes. Par exemple, on peut proposer à un réalisateur qui a un projet de court métrage une résidence dans un lycée. Cela l’aide à avancer sur son film tout en transmettant ses connaissances aux élèves qui suivent le projet.

Vous intervenez aussi dans les universités…

Tout à fait. Par exemple, ici à Paul Valéry, on travaille avec les étudiants en master de recherche. Ils ont 13 séances de 3 heures avec une liste de 25 films. On leur fournit différents éléments type scénario photos, etc. Ils choisissent les films et effectuent une analyse du passage à l’écrit. On les met en rapport avec les producteurs, les réalisateurs, pour qu’ils puissent échanger. Les meilleures études sont mises en avant sur notre site.


Comment l’agence est-elle organisée, structurée ?

Nous sommes 14 en tout, entre Toulouse et Montpellier. Nous nous déplaçons beaucoup. Il s’agit d’être présents partout. Nous allons sur les tournages, dans les salles de cinéma, les festivals. Mais nous ne partons pas tous azimuts. Année après année, ce sont beaucoup de projets qui se renouvellent. Ce sont des partenaires que l’on connaît. Et, il est important de le préciser, nous ne sommes pas seuls en région. Certaines associations font de l’éducation à l’image ou de la formation professionnelle, d’autres de la formation pour les exploitants, etc.


Mais alors, concrètement, comment êtes-vous impliqués ?

On essaie de prioriser. Si je devais résumer, c’est vraiment le film, notre point de départ. Prenons un exemple. Le film « Serre-moi fort » de Mathieu Amalric, tourné à Saint-Gaudens dans le sud de la Haute-Garonne. Nous avons aidé la production pour trouver les décors, les comédiens aussi. Nous étions présents sur le tournage, nous avons travaillé sur les avant-premières. Nous continuons à le montrer notamment à des étudiants, des élèves. Nous avons aussi organisé une résidence de création.


“Demain nous appartient”, “Un si grand soleil”, “Ici tout commence”, “Candice Renoir”, “Tandem”… De nombreuses fictions et séries sont tournées ici toute l’année…

Pas seulement. Parallèlement, il y a aussi de plus en plus de longs métrages qui se tournent en Occitanie… L’Occitanie est une région cinéphile. De nombreux projets partent d’ici. Le film d’animation “Pil” est un excellent exemple. C’est pour moi l’un des projets forts de 2021. Il a été produit par une société basée à Toulouse qui s’appelle TAT. La postproduction, le mixage son et l’étalonnage ont été réalisés à Montpellier. Il est sorti dans 60 pays du monde et il a fait 470 000 entrées ici en France.


Combien de temps travaillez-vous sur un projet ?

Cela dépend, pour un film, un à deux ans. C’est plus rapide pour un téléfilm. Pour un documentaire ou un film d’animation, on est plus sur trois ou quatre ans.


Vous accompagnez aussi les projets de documentaires…Oui à partir du moment où ils sont produits. Pour obtenir un soutien financier de la Région, il faut que le projet soit porté par une société de production. Mais on peut aussi intervenir pour de la mise en relation entre un réalisateur et un producteur par exemple. Une fois que le documentaire est mis en orbite, on peut réfléchir à la visibilité.


Qu’en est-il de la valorisation du patrimoine cinématographique ?

Nous sommes en lien avec l’Institut Jean Vigo à Perpignan et la Cinémathèque de Toulouse pour essayer de valoriser notre patrimoine. Nous l’avons fait pour « Sans toit ni loi » d’Agnès Varda tourné en 1985, ou pour « L’homme qui aimait les femmes » tourné en 1975 à Montpellier, ou encore « Le soldat Laforêt » de Guy Cavagnac. Nous essayons d’articuler cela avec des projets d’éducation à l’image avec des étudiants.


Pour qu’un film puisse voir le jour, des dizaines de personnes travaillent dans l’ombre. Techniciens, cadreurs, maquilleurs, accessoiristes. Il y a aussi des métiers surprenants et méconnus…

Oui. Je pense notamment aux repéreurs. C’est peut-être l’activité qui me passionne le plus, car ce sont les personnes qui ont le scénario en main plusieurs semaines avant le tournage, et qui partent à la recherche des décors les plus importants. Cela va de l’appartement à la petite ruelle, au lac, au monastère, au lycée, etc. Elles réalisent un travail de dentelle. Ce sont des personnes passionnantes, parce qu’elles accumulent une connaissance films après films, elles sont tout terrain. Elles sont en même temps solitaires, et en même temps, elles échangent beaucoup avec l’équipe. Il y a environ 70 métiers dans le cinéma et c’est sûrement l’un des plus singuliers.


Où vos freins se situent-ils finalement aujourd’hui ?

Le manque de visibilité et la répartition sur le territoire. On essaie de faire en sorte qu’il y ait une répartition plus « équitable ». Il se passe beaucoup d’événements dans l’Hérault, un peu moins ailleurs et l’on aimerait que cela change. Malgré tout, il y a eu 11 tournages l’année dernière entre juin et septembre à Toulouse et dans ses environs. C’est encourageant. Nous avons aussi une marge de progression à faire sur l’international. Il n’y a que trois ou quatre films étrangers par an qui se tournent.


Quel est votre cheval de bataille pour cette année ?

2022 sera une année axée sur les comédiens. Chaque année, on constate qu’ils sont de plus en plus à tourner, mais il s’agit trop souvent de rôles très courts. Alors nous allons organiser des rencontres fortes, inviter des directeurs de casting, créer et faciliter des échanges, des rendez-vous, etc. C’est une partie de mon travail que j’affectionne particulièrement. Je pense en permanence à la manière d’organiser ces rencontres entre les producteurs, les enseignants, les comédiens ou encore les exploitants de salles.


Vous évoluez dans ce milieu depuis longtemps et vous êtes un véritable passionné. La réalisation, est-ce quelque chose qui vous tente vous personnellement ?

Alors… Oui, mais non ! (Rires) Il faut une énergie que je n’ai pas ! Je m’amuse parfois à participer à des montages comme « Sète au cinéma » qui reprend des extraits des nombreux films qui ont été tournés dans la ville. Plus récemment on a travaillé sur une vidéo d’une minute trente avec la Région diffusée sur les réseaux sociaux, qui montre des extraits de films tournés ici. Je crois que j’ai très vite compris que ce que j’aime le plus, c’est valoriser ce que font les autres.