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MALYA ROMAN

MAGNÉTIQUE


ELLE EST DE CES ACTRICES AU MAGNÉTISME ENVOÛTANT QUI, TOUT EN FINESSE, NOUS ÉMEUVENT CHAQUE FOIS QU’ELLES ENTRENT EN SCÈNE. AVEC SES RACINES PLANTÉES DANS LE MONDE DU BALLET, MALYA ROMAN A TROUVÉ SA PROPRE DANSE EN DEVENANT COMÉDIENNE. DANS CET ENTRETIEN, ELLE SE LIVRE SANS FARD, ENTRE ASPIRATIONS, DOUTES ET PETITS BONHEURS.

Malya Roman
Malya Roman

Vous avez une posture de danseuse…

Je viens d’une famille de danseurs. Mes deux parents, ma tante… mon autre tante s’occupe des lumières… ils ont passé toute leur vie au Ballet Béjard. Ils dansent encore. J’ai grandi dans l’univers du spectacle. Mais moi je n’ai jamais dansé ! Je n’ai jamais eu assez confiance en moi.


Les avez-vous suivis toute votre enfance ?

Je suis née à Bruxelles, mais j’ai déménagé en Suisse très vite avec la troupe. La pression était un peu trop forte et j’aurais dû commencer le classique très jeune. Sauf que les pointes, les tutus, ce n’était pas

mon truc. Ni la discipline ou la rigueur d’ailleurs qu’il aurait fallu mettre là-dedans.


Comment allez-vous vous diriger vers la comédie alors ?

C’est grâce à Maurice Béjart qui a été un peu mon grand-père de coeur. Il m’a fait aimer le théâtre. J’ai

quitté l’école assez jeune et à dix-huit ans, il m’a engagée comme costumière dans la troupe. Cela m’a

donné la confiance qu’il me manquait pour exprimer mon envie de faire du théâtre. J’ai quitté Lausanne et je me suis installée à Paris. J’ai fait trois ans à l’école Périmony et trois autres années au Studio Asnières.


Quel souvenir gardez-vous de cette époque ?

Je trouve enfin une place, une famille aussi. Je prends également confiance en moi.


Vous vous souvenez de la première fois où vous êtes monté sur scène ?

Oh, j’étais absolument terrifiée. Je débarquais à Périmony. Je ne connaissais personne. J’avais préparé,je ne sais plus, je crois, quelque chose de Tchekhov. Un gros classique où tout le monde se casse les dents mais cela ne s’était pas si mal passé.


Avez-vous encore le trac aujourd’hui ?

Oui, mais je le gère mieux maintenant quand même. Et puis aujourd’hui je ne suis pas au théâtre, il y a un rapport à l’image différent. C’est encore autre chose. Au début, je ne pouvais même pas me regarder. Je faisais une dépression à chaque fois. Donc j’ai arrêté pendant longtemps. Aujourd’hui j’ai moins de jugement sur moi-même, mais j’ai encore un long chemin à parcourir par rapport à ça.


Qu’est-ce qui va lancer votre carrière ?

Après mes études, je suis retournée un peu à Lausanne. J’ai été engagée dans plusieurs pièces, j’ai

joué dans quelques théâtres, j’ai effectué quelques tournées en France. Je me suis essayée au théâtre

classique. Puis j’ai eu un casting pour une série télé complètement déjantée qui s’appelait Nu. Cela se

passait dans un futur proche. Suite aux attentats, le gouvernement faisait passer une loi de transparence

pour la sécurité. Tout le monde devait être nu. Ça a été assez dingue à faire. Et puis c’était à poil ! (Rires)

Autant dire que j’étais terrifiée !


N’avez-vous jamais vraiment douté ?

Si, il y a eu un moment où j’ai voulu m’éloigner un peu de tout ça. Du milieu. J’ai toujours été nulle pour me vendre, pour avoir de l’ambition. Je suis partie dans les montagnes en Suisse. J’ai marché beaucoup, j’ai vécu un peu en ermite.


Comment êtes-vous revenue ?

J’ai reçu un appel pour un casting dans Un si Grand Soleil. J’y suis allée sans y croire, en me disant

même que j’allais probablement arrêter ce métier. Et finalement j’ai eu le rôle ! (Rires) C’est quand tu

n’attends plus rien que les choses arrivent ! C’était il y a cinq ans et cela a changé ma vie, clairement.


Qui est Élise Borel, le personnage que vous interprétez ?

C’est un personnage que j’aime beaucoup. C’est une fille qui débarque de Paris, qui aime les femmes

et qui se démène dans ce petit milieu d’hommes, elle est flic. Elle est assez androgyne. Elle est assez

masculine, j’essaie de lui apporter un peu de féminité, de la nuancer. Elle a une vie amoureuse compliquée. Elle me ressemble assez par son sens de la répartie, elle est un peu garçon manqué.


Puisez-vous en vous pour l’interpréter ?

Je crois qu’on y est obligé quand on vit longtemps avec un personnage. Ce n’est pas comme dans un rôle de composition.


Ne s’y perd-on pas, entre fiction et réalité ?

Non. C’est assez facile parce que finalement le rôle ce n’est pas toi qui l’improvises, tu as un texte à jouer et on te met des mots dans la bouche. Ce qui arrive à Élise, ce n’est pas ce qui m’arrive à moi. Par contre je peux me servir de mon humeur, de mes expériences.


C’est un métier exigeant, avec beaucoup de concurrence. Comment gère-t-on la pression ?

Je déteste ça, en fait. La pression de la compétition, essayer de se vendre, de se mettre en avant plus

que l’autre. Ce n’est pas du tout dans cet objectif que j’ai choisi d’exercer ce métier. Cela me porte un

peu préjudice. Je ne suis pas sur les réseaux. Je n’ai même pas la télé. Mais finalement, c’est ainsi que je le gère. En me tenant éloignée de tout cela. Ce qui me procure une plus grande liberté aussi. J’essaie de faire mon métier du mieux que je peux, sans penser à tout l’emballage qu’il y a autour.


Quand vous n’êtes pas sur le tournage, que faites-vous ?

Je m’intéresse de plus en plus à la sculpture. Je fais pas mal d’argile. J’apprends au fil du temps, mais en autodidacte. J’aimerais beaucoup faire une école. C’est quelque chose d’extrêmement organique, de très primitif. C’est l’une des premières formes d’art. On est seul, dans le silence… il y a quelque chose d’un peu imprévisible, de vivant. Tu penses à quelque chose, tes mains commencent à façonner, et c’est autre chose qui prend vie. Je trouve ça très beau.


Qu’est-ce que vous aimez dans le jeu ?

Je suis assez timide, j’ai du mal à m’exprimer. Avec le jeu, justement, je lâche prise. Je vis l’instant présent. Je m’oublie moi-même pour jouer quelqu’un d’autre. Je disparais, je plonge dans l’autre, et c’est ça qui me plaît. J’ai des mots dans la bouche qui ne sont pas les

miens, cela m’extrait de moi. J’accorde des vacances à mon esprit. C’est vraiment cela que je trouve

merveilleux dans le jeu. C’est une bulle de liberté.


De quoi rêvez-vous en tant qu’actrice ?

Globalement, j’essaie de ne pas trop y penser. Je considère que toute expérience est bonne à prendre

aussi. J’aime l’idée de voir jusqu’où je pourrais aller. J’aimerais me frotter à des personnages un peu plus éloignés de moi, des rôles de composition.


Le théâtre vous manque-t-il ?

Oui, cela fait longtemps maintenant. La scène, c’est une autre relation au jeu. C’est un petit marathon, tu ne t’arrêtes jamais une fois que tu es sur scène. Tu ne peux pas refaire 10 000 prises, tu es vraiment obligé d’être présent.


Que diriez-vous à la Malya de 18 ans ?

Je lui dirais d’arrêter d’angoisser parce que ça va aller. Tes angoisses ne font que te détruire toi-même.


Malya Roman

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