TOMAS DE MATTEIS

PRODUCTEUR D’UN SI GRAND SOLEIL

Comment est née l’idée de la série ?

Le projet est né sous l’impulsion de Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions. Avec mon camarade Olivier Szulzynger, on réfléchissait à un nouveau projet de série quotidienne depuis un moment. Nous avons collaboré longuement sur Plus belle la vie. Lorsqu’elle nous a soumis son envie de lancer une nouvelle série quotidienne, on s’est penché dessus pendant presque deux ans.

Pourquoi avez-vous décidé de baser l’intrigue à Montpellier et ses environs ?

Il y a une dizaine d’années, quand j’ai quitté Plus belle la vie, je réfléchissais à titre personnel à un autre projet, de type série quotidienne. J’étais venu ici visiter les installations de l’EAI qui étaient en train d’être désaffectées. Je gardais de la ville un très bon souvenir à tous les égards. Quand il a fallu lancer ce nouveau projet, je me suis évidemment souvenu de Montpellier. Tout est optimum pour tourner ici, le climat, la distance avec Paris. À peu près à ce moment-là, Candice Renoir est arrivée à Sète. La région cherchait à s’ouvrir à la production audiovisuelle. Elle s’y prête bien aussi. Dans un périmètre de 50 km, on a la mer, la montagne, les forêts, les étangs, un centre-ville historique, dans lequel quand même Rabelais a fait ses études. C’est la plus vieille université de médecine encore en activité au monde. Sa culture et son histoire sont anciennes mais c’est une ville qui a su se réinventer et se renouveler sans cesse. Sans parler de sa population au brassage hyper intéressant des retraités en recherche de soleil aux 80 mille étudiants qui viennent étudier.

Vous avez réussi à créer un vrai rendez-vous populaire. Tous les soirs, Un si grand soleil réunit presque 4 millions de téléspectateurs. Qu’est-ce qui selon vous contribue au succès de la série ?

C’est l’assemblage de talents et l’envie collective de réussir un truc chouette tous ensemble. C’est beaucoup d’éléments qui assemblés font que l’on a un peu de chance. Elle se provoque et se travaille. Mais fondamentalement, la première clé du succès, c’est la programmation. France 2 a eu la bonne idée de nous ouvrir le créneau qui suit le JT et qui permet le transfert vers le prime time. On a un carrefour de très grande écoute, et on a des comédiens fantastiques. On a une équipe d’écriture de 25 personnes qui travaille d’arrache-pied à la fois pour renouveler les histoires et en même temps créer une forme de continuum depuis le début. On a aussi un objectif artistique assez élevé. On a cherché à se rapprocher de ce que font les grandes séries de prime time. On a laissé de l’espace créatif aux réalisateurs. Et c’est leur créativité combinée au travail des auteurs, des comédiens, qui fait qu’on a aujourd’hui un programme de qualité. Et puis je crois qu’il y a quelque chose qui est assez présent collectivement, c’est que nous sommes tous très fiers du programme que nous faisons ensemble.


La série est traversée par des thèmes forts comme la famille, l’amitié, les questions d’identité, mais aussi des sujets qui font l’actualité des Français. Vous ne vous interdisez aucun sujet…

C’est l’avantage de pouvoir « converser » avec les téléspectateurs tous les jours. L’intimité des personnages les intéresse. Cela nous permet de rentrer un peu dans des thématiques qui ne sont pas toujours faciles à visiter quand on est une série télévisée parce que l’on n’a pas toujours la durée. Après on essaie de le faire toujours dans un axe divertissant. Les thématiques sociétales viennent nourrir les histoires dans lesquelles nos personnages avancent. Nos auteurs inventent des histoires, dans lesquels ils induisent quelque chose qui va au-delà du divertissement, mais ils ne cherchent pas à donner de leçons. On essaie d’ailleurs de faire s’exprimer différents points de vue. L’idée, c’est aussi de montrer que tout est possible. À travers nos personnages, on découvre des personnes qui trébuchent, mais aussi des gens qui finissent par réussir les entreprises dans lesquelles ils se lancent.


Pensez-vous au prime time ?

C’est une question qui m’a été posé déjà par France télévision. Alors, on y pense sans y penser. On s’est toujours dit depuis le début que quand on a une bonne idée, on essaie de la mener au bout. Ça semblerait vouloir dire que pour l’instant on n’a pas encore eu, la bonne idée. En faire un pour en faire un, finalement cela ne nous intéresse pas. Et puis pour être sincère, on a vécu deux moments un peu complexes d’un point de vue organisationnel. La COVID-19 a quand même ralentir un peu nos velléités de développement. Nous avions prévu de très grands travaux au cours de l’année 2021. Nous avons un studio en exploitation et en phase de travaux massifs. Cela fait un an que l’on travaille avec la COVID-19 et avec des pelleteuses. Pour l’instant notre objectif, est de stabiliser notre organisation.


L’agrandissement des studios aura-t-il un impact sur la série ?

La série continue de grandir et se transforme. Les espaces narratifs se multiplient. Nécessairement, sur la durée, on a besoin d’espace supplémentaire. Cela nous offre aussi des possibilités de collaboration avec d’autres sociétés de production, ou d’autres projets que nous-même nous poussons. Nous avons réalisé à la fin de l’année 2020 un téléfilm militaire qui est le pilote d’une série qui se tournera probablement à Montpellier et à Vendargues. Je doute fort qu’on ne rattrape jamais Hollywood mais je pense que la France a besoin d’un lieu où se centralise les productions. Montpellier et le bassin méditerranéen en général, semble de toute façon le meilleur lieu pour cela. Il y a du soleil et on est à une distance tout à fait raisonnable de la capitale. Il y a des gens hyper compétant. Le contexte pousse quand même à avoir envie de faire plein de choses ici, et de les réussir.


Quel bilan tirez-vous des premières saisons diffusées jusqu’ici ?

Très simplement, l’audience augmente, que ce soit en part de marché ou en nombre de téléspectateurs en valeur absolue pur. Le bilan est plutôt très positif. Personnellement, je suis hyper content des comédiens. J’en parle souvent, mais c’est une véritable réussite.

Un si grand soleil se distingue des deux autres feuilletons quotidiens par son image soignée et ses décors de très bonne facture. Comment y parvenez-vous ?

En investissant. On dépense tout notre argent, globalement, pour essayer de créer de la variété. Nous avons un vrai souci de l’esthétisme. Après on fait un choix d’organisation de production. Nous, on a 4 équipes de tournage et on essaie de faire en sorte que chaque équipe ait des journées qui permettent de produire de la qualité. On sait tous que dans nos métiers, le temps est l’outil principal pour réussir des choses abouties.